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La lettre hebdomadaire #234

Exil. L’Europe dans les pas de Trump ?

Exil (2004), de Senou Fofana.
© artmajeur.com / Senou Fofana

1 350 personnes : c’est le nombre d’exilées expulséses des États-Unis vers l’Afrique entre le 20 janvier et le 26 juin 2025, selon un article du Guardian daté du 23 juillet 2025. Un an plus tard, la liste des pays africains qui accueillent des personnes en situation irrégulière déplacées depuis les États-Unis n’a cessé de s’allonger (voir à la fin de cet article).

Dernier en date, la République centrafricaine, où dix-sept personnes ont atterri le 12 juin. D’autres États ont signé des accords avec l’administration Trump mais n’ont pas encore été sollicités. Au total, quatorze pays auraient conclu un accord avec Washington.

D’autres États vont-ils imités les États-Unis ? Dans l’Union européenne, certains semblent tentés de s’engager dans une voie similaire. Au début du mois de juin, les États membres, le Parlement et la Commission européenne sont parvenus à un accord sur un nouveau règlement visant à durcir encore davantage la politique migratoire de l’Union.

Le 17 juin, les eurodéputés ont approuvé le « règlement retour ». Il s’agit d’un ensemble de règles qui s’appliquent à tous les États membres et qui encadrent les procédures de renvoi des personnes en situation irrégulière. Soutenu par les groupes de droite et d’extrême droite, ce nouveau texte instaure un cadre juridique renforcé facilitant notamment le renvoi hors de l’Union européenne des exilées déboutées du droit d’asile.

Pis encore, dans ce texte figure un volet particulièrement controversé, dénoncé par plusieurs ONG de défense des droits humains ainsi que par des associations de défense des exilées : les « hubs de retour ». Il s’agit de centres construits en dehors de l’UE où seraient envoyées ces personnes, sur la base d’accords avec des pays tiers.

Un projet similaire avait été évoqué en 2024 entre le Royaume-Uni et le Rwanda. Il avait finalement été annulé. Kigali, qui accueille des exilées en provenance des USA, est de nouveau mentionné par certaines capitales européennes. C’est le cas aussi de l’Ouganda.

Cette disposition ne fait pas l’unanimité au sein de l’UE. Si le Danemark, l’Autriche et l’Allemagne ont pesé et milité pour la création de ces « hubs de retour », seules l’Espagne et la France ont officiellement pris position contre ce projet. Lors d’une rencontre à Bruxelles, Emmanuel Macron avait exprimé son désaccord avec « des centres de retour ou des “hubs de retour” dans des pays tiers », ajoutant que « ce n’est ni efficace ni conforme [aux] principes [de la France] ».

Liste des pays qui ont accueillis des exilées depuis les USA : Cameroun, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Ghana, Sierra Leone, Guinée équatoriale, Eswatini, Rwanda, Soudan du Sud, Ouganda.
Autres pays qui ont signé un accord avec les USA : Burundi, Cap-Vert, Liberia.

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À VOIR

SOUDAN, UNE GUERRE OUBLIÉE ET UNE JUSTICE ENCORE TIMIDE

Le 9 juin, une plainte a été déposée au Kenya contre dix responsables des Forces de soutien rapides (FSR), la milice soudanaise soutenue par les Émirats arabes unis (EAU) et dirigée par Mohamed Hamdane Dogolo, dit « Hemetti ». Les FSR affrontent depuis maintenant trois ans les Forces armées soudanaises.

Cette procédure est portée par plusieurs organisations, dont Legal Action Worldwide, et douze victimes. Elle concerne des faits qui ont eu lieu à Khartoum et dans ses environs entre avril 2023 et mars 2025, selon RFI. Au Kenya, le juge a la compétence de se saisir de crimes commis en dehors du pays sous certaines conditions, et il devra décider d’ici à trente jours (à compter de la date du dépôt de la plainte) s’il ouvre ou non une enquête.

Selon l’avocat franco-soudanais Youssef Abdelrahman, membre du Collectif Sudfa, quand bien même une enquête serait ouverte, son issue reste incertaine à cause de « l’opposabilité au Soudan », c’est-à-dire la volonté du Soudan de répondre positivement à une éventuelle procédure. Mais, pour lui, cela représenterait « une symbolique de justice » pour le peuple. Il rappelle par ailleurs que la Cour pénale internationale (CPI) enquête actuellement sur de possibles « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » commis à El Fasher à la fin de l’année 2025.

L’avocat (avec d’autres organisations) a par ailleurs été auditionné le 22 juin à l’Union européenne (UE) par des groupes de gauche, afin de déterminer quels leviers pourraient être activés pour, notamment, contraindre les EAU (un partenaire de l’UE) à cesser son soutien aux FSR. Cette audition a fait suite au dépôt, par plusieurs victimes, d’une requête auprès de la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères pour l’ouverture d’une enquête sur les liens entre les EAU et les FSR. « Nous demandons à l’Union européenne et à la France de diligenter une enquête indépendante afin de documenter les crimes des FSR », explique l’avocat.

Les EAU sont en effet l’un des premiers acheteurs d’armes françaises, et des organisations ont révélé que certains systèmes d’armement vendus par la France se sont retrouvés au Soudan, ce que semble nier Paris, estimant qu’il n’y pas de preuves indéniables…

Youssef Abdelrahman était l’invité d’Horizons XXI, l’émission mensuelle animée par Orient XXI et Afrique XXI et diffusée sur le média Au Poste. Il était accompagnée de Zarah Suliman, également membre de Sudfa et qui fut au cœur de la révolution soudanaise de 2018-2019, avant de devoir fuir son pays face à la répression.

À voir : Horizons XXI, « Soudan, guerre oubliée », sur Au Poste, diffusée le 23 juin et disponible ici.
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