RD Congo. Le pari risqué de Joseph Kabila

Analyse · Le 12 octobre, l’ancien président congolais a annoncé à Goma la création du Front pour la refondation de la nation. Celui-ci absorbe l’AFC/M23, rébellion soutenue par le Rwanda. Reste à savoir s’il sera capable d’étendre son influence au-delà de ses bastions et quelles seront les réactions des pays de la région et des États-Unis.

Joseph Kabila, le 12 octobre 2026, lors de la présentation du Front pour la refondation de la nation, à Goma (RD Congo).
© Africanews / capture

Le 12 octobre 2026, l’ancien président congolais Joseph Kabila a annoncé à Goma, ville contrôlée par le M23, la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un nouveau mouvement politico-militaire regroupant la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, et sa coalition politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC). Le FRN absorbe officiellement l’AFC et reprend ses structures politiques et militaires ainsi que ses engagements existants, notamment les négociations à Doha. Il affiche également plus explicitement son intention de mettre fin au régime du président Félix Tshisekedi, y compris par le recours à la force.

Dans les jours qui ont suivi cette annonce, Kinshasa a pris plusieurs mesures sécuritaires. Le 14 octobre, le président Tshisekedi a réévalué, avec le Conseil supérieur de la défense, la situation opérationnelle sur l’ensemble du territoire. Le lendemain, les autorisations de sortie du territoire accordées aux officiers généraux et supérieurs ont été suspendues. Le ministre de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, s’est ensuite rendu à Lubumbashi et à Kasumbalesa pour inspecter la 22e région militaire, qui couvre les quatre provinces de l’ancien Katanga. Le 19 octobre, le commandant de cette région, le général Eddy Kapend, a explicitement mis en garde contre la menace que représente le FRN de Kabila et appelé ses troupes à rester vigilantes.

Malgré ces mesures, de nombreuses incertitudes subsistent quant à ce que cette nouvelle alliance pourra réellement accomplir. Les questions clés sont les suivantes : l’ancien président peut-il étendre la portée politique et territoriale de la rébellion ? Comment les pays voisins vont-ils réagir ? Que signifie son leadership pour la politique congolaise et les perspectives de dialogue ? Et comment cela affectera-t-il l’équilibre des pouvoirs au sein du M23 ?

Les relations de Joseph Kabila avec la rébellion constituent depuis un certain temps un enjeu central de la politique congolaise. Depuis 2024, le gouvernement Tshisekedi l’a accusé à plusieurs reprises de soutenir l’AFC/M23 et de collaborer avec le Rwanda pour déstabiliser le pays. Cela a d’abord conduit à la levée de l’immunité de Joseph Kabila en tant que sénateur à vie, ce qui a ouvert la voie à des poursuites à son encontre, puis, finalement, à sa condamnation à la peine capitale (par contumace) par un tribunal militaire en septembre 2025. En avril 2026, les États-Unis lui ont imposé des sanctions pour son rôle au sein de l’AFC/M23.

La prise de commandement officielle de Joseph Kabila, à la tête de cette nouvelle rébellion, ne fait que confirmer ce que beaucoup soupçonnaient déjà concernant ses liens avec l’AFC/M23. Mais quelle différence son leadership va-t-il faire ?

Convaincre et rallier le Katanga

Joseph Kabila a signalé à plusieurs reprises son intention d’agir. Il a mené des consultations politiques dans l’est de la RDC et s’est publiquement placé à la tête d’un groupe rebelle mais, à ce stade, se contenter d’assumer le leadership ne suffit pas. Il doit démontrer que le FRN peut accomplir ce que l’AFC n’a pas réussi à faire, et qu’il est plus qu’une simple version remaniée de l’AFC/M23. Sa crédibilité globale dépendra de sa capacité à « tenir ses promesses » – ce qui peut recouvrir plusieurs aspects : attirer des responsables politiques, encourager les défections au sein des services de sécurité, forger des alliances avec d’autres mouvements d’opposition et, surtout, étendre la portée géographique de la rébellion.

Cette nouvelle alliance représente donc également un pari risqué pour Joseph Kabila. Son association avec une rébellion armée soutenue par le Rwanda pourrait renforcer sa position au sein du mouvement armé, mais elle risque aussi de nuire davantage à sa réputation en RDC : s’allier ouvertement à Kigali n’est pas forcément la décision la plus populaire. De plus, plus la rébellion restera confinée à ses bastions actuels, plus il deviendra difficile pour Joseph Kabila de se présenter comme le chef de file d’un mouvement national capable de remplacer Félix Tshisekedi. Afin de s’imposer sur la scène politique nationale en RDC, le nouveau mouvement devra prendre des mesures décisives à court terme pour prouver qu’il est une force capable de modifier la dynamique politique et sécuritaire du pays. Il reste donc à voir ce qu’il fera à court terme.

L’une des questions les plus importantes concerne les ambitions géographiques de la rébellion, et en particulier ses intentions vis-à-vis du Katanga. Étant donné que l’expansion de la rébellion vers le nord est bloquée par les troupes ougandaises, une expansion vers le sud – via Uvira et Kalemie – serait logique.

Kabila entretient des liens de longue date avec l’ancienne province du Katanga (celle-ci a été divisée en quatre nouvelles provinces en 2015). Bien qu’il soit né dans le Sud-Kivu, sa base politique a toujours été étroitement liée à cette région, où sa famille et ses réseaux politiques ont exercé une influence considérable. Le Katanga occupe également une place centrale dans l’économie politique du Congo : c’est le cœur de l’industrie minière et la principale source de recettes fiscales. En 2024, le cuivre et le cobalt, dont la production est largement concentrée dans cette région, représentaient plus de 90 % de la valeur des exportations du pays. Il n’est pas exagéré de dire que le contrôle du Katanga peut, dans une large mesure, déterminer qui contrôle la RDC. À ce titre, toute menace sérieuse pesant sur le contrôle exercé par le gouvernement sur ces zones aurait des conséquences financières et politiques majeures pour Kinshasa.

Une légitimité politique à gagner

Bien qu’il existe des signes de mécontentement à l’égard du régime de Tshisekedi dans certaines parties du Katanga, notamment concernant la gestion des richesses minières de la région, il reste à voir si ce mécontentement pourra se traduire par un soutien à un mouvement armé – en particulier un mouvement soutenu par le Rwanda. Kabila devra donc convaincre les partisans potentiels du Katanga que le FRN sert leurs intérêts. Cela pourrait s’avérer difficile, surtout si le mouvement continue d’être perçu comme agissant sous l’influence de Kigali.

Ensuite, la capacité de Kabila à étendre la portée politique de la rébellion dépendra fortement de la réaction des pays voisins. Malgré tous ses gains territoriaux, le M23 reste confronté à un problème fondamental de légitimité politique au niveau régional en raison du soutien massif de soldats rwandais, estimés à entre 14 000 et 18 000 dans le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo.

Si l’implication de Kabila donne à Kigali davantage de marges de manœuvre pour présenter la rébellion comme une lutte politique interne congolaise – un argument sur lequel le Rwanda n’a cessé de s’appuyer pour se dédouaner –, cela ne changera guère la façon dont la rébellion est perçue à l’intérieur et à l’extérieur du Congo.

Au cours des dix-huit derniers mois, Kabila a effectué de nombreux déplacements dans les pays de la SADC, dans le but de renouer ses relations politiques régionales et de convaincre les gouvernements voisins que Tshisekedi est incapable de gérer les crises politiques et sécuritaires de la RDC.

Quelles seront les réactions de l’Ouganda et de l’Angola ?

La question est de savoir si cette stratégie portera ses fruits – notamment compte tenu du rôle du Rwanda dans la rébellion et des relations tendues que ces pays entretiennent avec ce dernier depuis la deuxième guerre du Congo. L’Angola – où Kabila s’est rendu en décembre 2025 – jouera un rôle particulièrement important : ce pays a des intérêts de longue date au Congo et partage une longue frontière avec celui-ci. Luanda s’est toujours montré très sensible à l’instabilité au-delà de ses frontières et est intervenu à plusieurs reprises dans les affaires congolaises lorsqu’il estimait que ses intérêts en matière de sécurité étaient menacés. Et, bien que João Lourenço ait pu être désappointé par l’attitude de Félix Tshisekedi face au conflit, rien n’indique que Luanda interviendrait directement dans celui-ci.

La création du FRN soulève également des questions concernant l’Ouganda, autre acteur majeur dans l’est de la RD Congo dont l’implication a reçu nettement moins d’attention que celle du Rwanda, malgré sa présence militaire importante, en particulier en Ituri et dans le Nord-Kivu. Les relations de l’Ouganda avec le M23 ont été particulièrement ambiguës. Le pays a accordé un certain soutien passif au M23, du moins au cours des premières années de sa réapparition.

Muhoozi Kainerugaba, chef des forces armées ougandaises et fils du président Yoweri Museveni, a effectivement publié un tweet en avril 2025 dans lequel il affirmait : « Je ne laisserai pas Joseph Kabila redevenir président de la RD Congo ! Vous pouvez oublier ça » ; à d’autres occasions, il l’a accusé d’avoir soutenu le groupe rebelle ADF. Beaucoup dépendra de la volonté ou non du FRN de s’étendre dans des zones où l’Ouganda a des intérêts substantiels (et où il est actuellement présent).

Les États-Unis constituent un autre acteur extérieur crucial, dont la réaction et les choix politiques seront déterminants. Jusqu’à présent, les États-Unis ont joué un rôle important en faisant pression sur le M23 pour qu’il se retire de deux zones stratégiques : Walikale en mars 2025, puis Uvira en janvier 2026. Les États-Unis ont également imposé une série de sanctions, notamment à l’encontre de Kabila pour son soutien au M23 – avant même qu’il officialise ses liens avec ce dernier – ainsi qu’à l’encontre des Forces de défense rwandaises (FDR) et de leurs quatre plus hauts commandants. Jusqu’à présent, la pression américaine a contribué à contenir les ambitions territoriales du Rwanda et du M23, en particulier leurs tentatives d’expansion au-delà des zones sous contrôle rebelle au moment de la signature des Accords de Washington, en décembre 2025. Les ambitions territoriales et politiques plus larges du FRN vont à nouveau mettre à l’épreuve tant la volonté d’intervention de Washington que son influence sur les principaux acteurs du conflit.

Un retour qui a ses limites

La composition politique du nouveau mouvement présente également d’importantes faiblesses. Bien qu’il se présente comme une alternative nationale, le FRN reste étroitement lié aux acteurs politiques et militaires de l’est du Congo ainsi qu’aux réseaux régionaux rwandais. Sans s’adjoindre une base politique plus large – issue d’autres régions du pays ou d’autres partis d’opposition –, il sera difficile pour ce mouvement, du moins pour l’instant, de gagner en popularité politique.

Kabila a jusqu’à présent peiné à rallier les figures de proue de l’opposition. Lors du lancement de la plateforme politique « Sauvons la RDC », en octobre 2025, la participation s’est limitée à l’ancien Premier ministre Matata Ponyo et à des personnalités issues de sa propre coalition, la FCC. Des poids lourds de l’opposition tels que Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund se sont tenus à l’écart et ont adopté une approche plus politique – plutôt que militaire – pour s’opposer à Tshisekedi.

Maintenant que son lien avec la rébellion est officiel, Kabila est devenu encore plus infréquentable. Quelques jours après le lancement du FRN, plusieurs de ses alliés ont démissionné de son parti, le PPRD, ou ont publiquement pris leurs distances avec lui, notamment l’ancienne ministre des Droits de l’homme Marie-Ange Mushobekwa. Cela s’explique également par la crainte de la répression : la majorité de ceux qui se sont distanciés de Kabila vivent à Kinshasa.

Un autre problème est la figure de Kabila lui-même. Dans le contexte national actuel, marqué par un grave recul démocratique, un « nouveau Kabila » aurait peut-être eu une chance d’être accepté sur le plan politique. Or l’ancien chef d’État reste étroitement associé à l’autoritarisme de ses dernières années au pouvoir. Quelles que soient ses tentatives pour raviver son image d’antan de militaire issu de la lutte armée – lui qui avait autrefois déclaré qu’il « mourrait d’une balle dans la tête » –, son héritage politique reste trop entaché par ses dernières années au pouvoir pour qu’il puisse se présenter de manière crédible comme une alternative au régime actuel. Il est frappant de constater que, selon un récent sondage réalisé par Ebuteli, seuls 3 % des Congolais le considèrent comme leur homme politique préféré.

Le parcours politique de Kabila présente également un aspect frappant : il semble aujourd’hui avoir presque bouclé la boucle. En 1996, il était commandant militaire au sein de l’AFDL, la rébellion soutenue par le Rwanda qui avait porté son père au pouvoir cette année-là. Deux ans plus tard, après la rupture entre Laurent-Désiré Kabila et Kigali, il était général-major au sein du haut commandement de l’armée congolaise, participant d’abord à l’expulsion des troupes rwandaises, puis à la lutte contre une nouvelle rébellion soutenue par le Rwanda.

À la tête d’un mouvement qu’il avait combattu

Devenu président à la mort de son père, il a ensuite affronté le CNDP, puis le M23, que son gouvernement a vaincu militairement en 2013 avec l’appui de la Brigade d’intervention des Nations unies. Treize ans plus tard, le voilà à la tête d’un mouvement construit autour de cette même rébellion du M23, avec, pour une large part, les mêmes dirigeants, et toujours soutenu par le Rwanda. De tels changements d’alliances politiques et militaires sont courants dans la politique congolaise. Ils prennent toutefois une dimension particulière lorsqu’ils concernent un ancien président resté près de vingt ans au pouvoir, dont plusieurs années passées à combattre la rébellion qu’il dirige aujourd’hui.

Les critiques de Kabila à l’égard de Tshisekedi soulèvent également la question de son propre héritage politique. Une grande partie de ces critiques, notamment celles portant sur le recul démocratique et la répression politique, sont fondées. Pourtant, Kabila a lui-même contribué à façonner l’ordre politique qu’il dénonce aujourd’hui. À l’issue des élections de 2018, son camp est parvenu à une entente politique avec Tshisekedi, proclamé vainqueur de la présidentielle malgré des éléments indiquant que Martin Fayulu avait remporté le scrutin. Cet arrangement a permis à Kabila de quitter le pouvoir tout en conservant une influence considérable sur le Parlement, plusieurs ministères clés et les services de sécurité. Tshisekedi a fini par rompre avec la coalition de Kabila et par consolider son propre pouvoir, mais l’accord politique ayant facilité son accession à la présidence servait directement les intérêts de son prédécesseur. Dans ses critiques actuelles, Kabila accorde remarquablement peu de place à son propre rôle dans cette transition. D’ailleurs, il est difficile de revenir sur les grands événements politiques qui ont marqué le Congo au cours des trois dernières décennies sans retrouver Kabila, successivement officier militaire, président, ancien chef d’État toujours influent et, aujourd’hui, chef d’une rébellion.

Ce retour à la rébellion armée remet également en question un élément central de l’héritage politique que Kabila revendique. Lui et ses partisans l’ont longtemps présenté comme le président qui avait mis fin à la deuxième guerre du Congo, contribué à l’instauration d’une démocratie constitutionnelle et finalement transmis le pouvoir à un opposant. Malgré les limites de ce récit, sa décision de prendre la tête d’une rébellion contre le gouvernement constitue un revirement frappant pour celui qui s’était autrefois présenté comme le garant de l’ordre constitutionnel congolais.

Un dialogue national avec ou sans Kabila ?

La création du FRN intervient à un moment particulièrement difficile pour la politique intérieure congolaise : la présidence de Tshisekedi a été marquée par un recul démocratique, notamment avec le projet de modification de la Constitution visant à prolonger la durée du mandat présidentiel, et par la répression de l’opposition. Les appels en faveur d’un dialogue politique national ont donc pris de l’importance, comme moyen de résoudre la crise dans l’est de la RD Congo. Bien que le dialogue ait été officiellement lancé en août, les négociations proprement dites n’ont pas encore commencé. Mais Kabila, en tant que président du FRN, serait-il inclus dans un tel dialogue ? L’inclusion de Kabila serait controversée, mais son exclusion pourrait limiter les chances de parvenir à un accord capable de mettre fin aux combats.

De plus, les choix du lieu et du médiateur seront en jeu : la tenue de telles négociations à Kinshasa présenterait des difficultés évidentes pour Kabila et d’autres figures de l’opposition qui font l’objet de poursuites judiciaires ou craignent d’être arrêtées. L’Angola s’est déjà prononcé en faveur du dialogue politique, et João Lourenço pourrait à nouveau jouer un rôle important dans les efforts visant à rapprocher les parties.

L’alternative serait une nouvelle escalade militaire, les deux camps étant de plus en plus convaincus qu’ils peuvent renforcer leur position par la force. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit de facto depuis la prise de Goma, qui a conduit à un dialogue direct entre le gouvernement congolais et le M23 (dans le cadre du processus de Doha) – ce que Kinshasa avait auparavant refusé de faire.

Des tensions possibles au sein du M23

La nomination de Kabila a également des implications majeures pour l’organisation interne de la rébellion. La coalition AFC/M23 n’a jamais été un mouvement politique et militaire totalement unifié. Les divergences entre les principaux acteurs de la coalition ont fréquemment donné lieu à des tensions avec Kigali, alors même que le soutien militaire rwandais a permis à la rébellion de réaliser des gains territoriaux considérables. Le chef du M23, Sultani Makenga, joue un rôle central dans cette affaire : ses relations avec Kigali n’ont pas toujours été simples, et ces tensions ont pris une importance particulière à la lumière des récentes informations faisant état de dissensions internes et de remises en cause de la position de Makenga.

La direction politique de l’AFC a dû faire face à diverses contraintes. Corneille Nangaa, ancien président de la commission électorale congolaise, est devenu la figure civile la plus en vue de la rébellion après avoir pris la tête de l’AFC, en décembre 2023. Sa nomination a contribué à donner au M23 une identité politique plus large, en le présentant comme faisant partie d’un mouvement national opposé à Tshisekedi. Pourtant, sa position a toujours été largement symbolique, avec un pouvoir limité. Cela tient à la fois à son manque de soutien sérieux de la part de Kigali et au fait qu’il dispose d’un budget et d’une marge de manœuvre restreints (Makenga exerçant une forte influence sur lui). Des informations récentes ont par exemple révélé que Théo Binamungu, un conseiller clé de Nangaa, avait été emprisonné par Makenga.

L’arrivée de Kabila modifie cet équilibre. En tant qu’ancien président disposant de réseaux politiques et militaires bien établis, et notamment grâce à ses relations directes avec le Rwanda, Kabila occupe une position bien plus forte que Nangaa. Grâce au soutien de Kigali, son leadership lui confère une influence tant sur la branche politique que sur la branche militaire du mouvement. Cela pourrait avoir des répercussions complexes sur le M23, et en particulier sur Makenga.

Cette situation risque d’engendrer de nouvelles tensions internes, notamment si les commandants du M23 ont le sentiment que leur influence s’amenuise ou que des décisions politiques leur sont imposées. Cela pourrait également exacerber les tensions concernant les objectifs à long terme de la rébellion, le M23 étant moins enclin à s’étendre au-delà de ses bastions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tandis que d’autres, en particulier Kabila, poursuivent l’objectif plus large d’un changement de régime à Kinshasa. Le rôle du Rwanda sera déterminant dans la gestion de ces tensions ; il reste à voir dans quelle mesure ses objectifs coïncideront avec les ambitions de Kabila.

Pour l’instant, cette annonce a doté la rébellion d’un leader politique plus en vue et d’une ambition nationale plus explicite. La question de savoir si Kabila parviendra à transformer cette ambition en un mouvement politique et militaire de plus grande envergure reste ouverte.

Vous avez aimé cet article ? Association à but non lucratif, Afrique XXI est un journal indépendant, en accès libre et sans publicité. Seul son lectorat lui permet d’exister. L’information de qualité a un coût, soutenez-nous (dons défiscalisables).

Faire un don