
À la recherche des origines de sa famille, de la tribu tombouctienne des Kel Ansar et, plus généralement, des Touaregs du Sahara, l’écrivain et cinéaste Intagrist el Ansari livre un film onirique et poétique. Dans Ressacs, une histoire touarègue, le récit historique cède le pas à une émotion visuelle et sensorielle qui fait la part belle au vent, au flou et à la musique.
Lauréat du prix Droits humains-Lina Ben Mhenni, décerné mi-décembre 2024 en marge des Journées cinématographiques de Carthage, le film est en salle en France depuis ce mercredi 6 mai. Ressacs est le fruit d’un processus de production qui a duré onze ans au Mali et en Mauritanie.
Le réalisateur est aussi le narrateur du récit, qui se présente à la fois comme une quête intime et un conte transmis à son fils. Au-delà des attributs « classiques » de la société touarègue – dromadaires, indigo, thé, nuit étoilée – Intagrist el Ansari scrute une identité profonde, faite de mouvement, d’indécision, d’écoute attentive, de mains enlacées et d’appartenance au groupe. D’où viennent les Touaregs ? Quelles terres ont-ils occupées ? Conquises ? Traversées ? S’agit-il d’un peuple de paix qui, conscient de sa vulnérabilité, a longtemps veillé à éviter les menaces ou d’un peuple de guerriers finalement terrassé par les colons ? Ont-ils été les premiers occupants du grand Sahara, ceux qui l’ont développé par le commerce et les caravanes ? Ou sont-ils d’abord des éleveurs, jusque dans les quartiers des villes où ils ont échoué sous l’effet du progrès et de l’exil ?
Le film propose toutes les réponses. Car l’identité est forcément multiple. Le mythe originel, l’histoire de la conquête coloniale et de ses officiers français « intrépides », l’indépendance et la « chemise communiste » de Modibo Keita, les souvenirs, plus proches, de l’implacable sécheresse de 1973, d’une nature devenue stérile, de l’aventure libyenne et des rébellions se croisent au gré des personnages : griots, notables, patriarche des Kel Ansar, érudits, artistes.
L’omniprésence de l’exil
Le réalisateur se filme en train d’errer dans le sable, dans des maisons d’argile à demi écroulées, entre les tentes de toile estampillées « Haut Commissariat aux réfugiés » de l’immense camp de Mberra, en Mauritanie, autour de bivouacs frugaux dans le campement de sa famille, près de Tombouctou. La plage vide de Nouakchott répond aux voiles des abris gonflées par le vent, les ondulations du sable marin à celles des dunes, où un scarabée dessine une trace en pointillés. Une brume floue, comme un éblouissement, engloutit les silhouettes.
L’exil est omniprésent. Dès les premières minutes, on découvre le réalisateur enfant, interviewé il y a plus de trente ans dans le camp de réfugiés mauritanien où il est revenu récemment avec les siens. Puis se dessine un propos plus large sur le temps perdu, la nostalgie d’une vie traditionnelle disparue que racontent ses derniers témoins, de vieux oncles graves.
Mais le sentiment de la perte, rendu très vif par les crises évoquées tout au long du film, est pourtant tempéré par la foi dans l’avenir, dans la connaissance, dans le progrès : celui des filles qui vont sur les bancs des écoles des camps de réfugiés, d’un peuple qui part plutôt que d’être anéanti, du savoir qui a ouvert aux Touaregs les portes du monde entier. La résilience, suggère Intagrist el Ansari, c’est de pouvoir tirer parti des épreuves, ce que les nomades vivent depuis toujours. Seul le jour et la nuit sont immuables, rappelle un vieil homme. Tout est mouvement.
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